Philippe de Montmin est un maître haubergier. Artisan bien installé, la fabrication de cottes de mailles lui permet de jouir d'une grande prospérité. Il participe également à la milice bien qu'il n'y soit pas obligé.

Philippe de Montmin est un maître haubergier. Artisan bien installé, la fabrication de cottes de mailles lui permet de jouir d'une grande prospérité. Il participe également à la milice bien qu'il n'y soit pas obligé.

Historique

Historique

Le mot « cotte » de maille est moderne. Dans les textes de l’époque, on parle de haubert de mailles, haubergeons, lorica. L’usage d’un anneau de métal pour constituer une armure est ancien et la paternité n’est pas certaine : les celtes en faisaient usage et avaient développé un système de filière assez efficace, qui fut repris par les romains.

Le mode de fabrication du fil, dans son principe, est très simple : on passe un lingot chauffé dans des calibres, les filières, jusqu'à obtenir un fil du diamètre désiré. La mise en pratique est plus complexe et rend le processus de fabrication du haubert long et coûteux jusqu'au XII° siècle. L’utilisation et le perfectionnement de la machinerie hydraulique pendant le XIII° siècle, notamment sous l’impulsion des moines cisterciens, va permettre une meilleure maîtrise du procédé de fabrication du fil de fer et le rendre plus facile d’accès et donc moins coûteux. Les haubergiers ne seront notamment plus dans l’obligation de produire eux même leur fil.

Le haubergier est le fabricant de l’armure de maille, le haubert, et de tout ce qui s’y apparente. Selon la coutume, « Quiconques veut estre Haubergiers, estre le puet, s’il set faire le mestier et il a de quoi»1. Cela veut dire que pour s’installer, l’artisan doit en avoir les moyens soit pour se faire engager comme valet (ouvrier) soit pour créer son propre atelier et dans les deux cas, démontrer devant les prud’hommes (ou jurés) du mestier qu’il est effectivement capable. Les jurés de mestiers, ou prud’hommes, sont des mestres qui ont été élus par leurs pairs en qualité de référents du mestier. Ils ont la charge de juger la qualité des ouvrages, ils permettent aux apprentis de devenir valet, puis mestre. Ils font respecter les lois de la corporation, de la cité et du roi.

Les haubergiers étaient, bien sûr, recherchés et protégés par les membres influents de la société « guerrière ». Ce mestier, dur à acquérir, donnait droit à de nombreux privilèges :

  • pas besoin « d’acheter » le travail au roi comme c’était l’usage pour de nombreux mestiers,
  • travail de nuit autorisé,
  • travail les jours de foire et les jours de fêtes autorisé,
  • vente/achat de produit libre sans surtaxe,
  • importation ou exportation libre sans surtaxe,
  • pas de limitation dans le nombre d’apprentis et d’ouvriers,
  • pas d’obligation de participation au guet ou à son entretien « quar li mestiers est pour servir chevaliers, escuiers et sergens, et pour garnir chastiaus ».

Un mestre haubergier figurait parmi les habitants de la cité les plus aisés. Un atelier de haubergier fonctionnait par équipes : les apprentis préparaient les anneaux et veillaient à l’entretien de l’atelier, les ouvriers assemblaient les carrés de mailles, qui étaient ensuite intégrés aux hauberts, le tout sous la surveillance du ou des mestres artisans. Cette organisation, travail à la chaîne en continu même la nuit, permettait de produire très rapidement des hauberts en quantité (relative) et qualité.

Costume

Costume

Le personnage choisi est celui d’un mestre et juré de mestier, installé à Senlis vers 1250. Cette ville, qui a reçu une charte communale, est alors à l’apogée de sa croissance économique et sociale. Ancienne capitale des Francs, elle a encore un certain prestige et son territoire est constellé de nombreux édifices religieux. On trouve dans la ville même nombre de mestier à destination de l’aristocratie guerrière comme les heaumiers, fourbisseurs d’épées et les haubergiers.

Philippe est cependant d’origine bourguignonne, natif du comté d’Argilly, il a fait son apprentissage à Nuits et y a été valet. On ne sait pas ce qui l’a incité à venir à Senlis. Il garde de ses origines l’habitude de porter son chaperon comme un chapeau, ce qui est assez exotique pour l’époque en région parisis, mais déjà habituelle en région dijonnaise -mais qui deviendra une mode plus répandue à la fin du XIII° siècle comme le montre les enluminures du Codex Manesse.

Le costume de travail est celui des hommes de ce milieu du XIII°siècle, le mestier ayant ses contraintes, j’ai opté pour une cotte non fendue de couleur sombre et naturel : une laine brune. Les manches sont ajustées par des boutons de bronze, ce qui permet de les retrousser pour travailler. Un tablier est utilisé à l’occasion pour les tâches les plus salissantes. Un chaperon et une esclavine viennent compléter le costume par temps froid. Etant mestre en son atelier, il n’a pas besoin de s’atteler à la tâche aussi durement que ces valets et apprentis, il doit cependant intervenir et aider aussi souvent que nécessaire.

Le costume de « sortie » lui est différent, en tant que mestre et juré de métier, les ressources du personnage sont plus que confortables, et cela se voit : cotte longue fendue de laine rouge doublée lin, chausses de laine bleu sombre, garde corps de laine rouge doublé lin, mantel de laine doublé laine, chaperon de laine rouge doublé lin. La coordination des couleurs, n’est pas la règle en ce XIII° siècle mais il n’est pas rare d’annoncer clairement à la société les moyens dont on dispose : pouvoir acheter de long métrage de tissu de même qualité et issu du même bain de teinture fait parti de ces « signes extérieures de richesse ».

Accessoires

Accessoires

Un petit coffret sert de rangement pour les outils. Les outils les plus importants pour un haubergier sont : les pinces de préhension, une pince coupante, une pince spéciale pour le rivetage de l’anneau.

Nota : Le rivetage peut aussi être exécuté par martelage avec un pointeau présentant un bout convexe, mais cette méthode ne me donne pas satisfaction car difficile pour un travail rapide et minutieux. De plus, à ce jour, je n’ai pas trouvé de sources la montrant, contrairement à l’utilisation des pinces.